Archives du mot-clé Littérature

Utopiales 2017 – 3ème journée : Jeunes et vieux

La journée du vendredi commença pour moi avec la conférence Jeunesse et vieillissement où étaient présents Ariane Gélinas, l’autrice d’un grand nombre de nouvelles et du livre Les cendres de Sedna, Emma Newman connue notamment pour sa série de romans The Split Worlds, Valérie Mangin la scénariste d’Abymes, que je vais finir par ne plus avoir besoin de présenter si elle continue d’apparaître dans les conférences auxquelles j’assiste, Nabil Ouali auteur de la série de romans La Voix de l’Empereur et enfin Olivier Bérenval l’auteur de Ianos, singularité nue.

Ensemble, ils nous parlèrent donc de la façon dont la jeunesse, la vieillesse et le passage entre ses deux états -en gros la vie- étaient traités dans la littérature. Mais pour commencer, ils convenaient de définir ce que l’on entendait par jeunesse et vieillesse. Les intervenants nous confièrent que communément, les jeunes avaient 25 ans ou moins, alors que l’on pouvait vraiment se considérer comme vieux à partir de 75 ans. Quelle était la frontière entre les deux alors ? A quel moment passait-on d’un état à l’autre ? Je suppose que ces deux âges sont à voir sous une perspective sociale, plutôt que comme des indicateurs chronologiques. Les jeunes et les vieux ne sont généralement pas considérés comme des personnes fonctionnelles de notre société -comprendre des gens qui ont un emploi- les premiers auront tendance à être en formation alors que les seconds se sont déjà retirés de la vie professionnelle. Des cas qui se distinguent par le peu qu’on arrive à en tirer et par le besoin d’accompagnement qu’ils peuvent avoir.

Et même si ces considérations que j’aurais aimé voir développées n’étaient pas à l’ordre du jour, on pouvait les voir retranscrites d’une certaine façon chez les personnages de fiction.

Les stéréotypes de l’âge
Ainsi, si le jeune héros est souvent employé, c’est parce qu’il est le candidat idéal pour le parcours initiatique du récit. Puis qu’il a tout à apprendre de l’univers dans lequel il évolue, il permet plus facilement d’introduire ce dernier au lecteur qui en découvrira les mécanismes par ses yeux. Et pour peu que le livre soit destiné à la jeunesse, on a une possibilité non négligeable d’identification. On remarque par ailleurs que lorsque des enfants sont mis en scène, les parents et leur supervision sont souvent absents du récit. Sans doute par souci de ne pas briser l’immersion du lecteur derrière les yeux des protagonistes ou afin de ne pas apporter de raccourci trop aisé au parcours initiatique.

A l’opposé, un personnage âgé endossera plus souvent le rôle d’un antihéros désenchanté, qui s’est retiré de l’aventure soit parce que son âge le handicape, soit parce qu’il en a trop soupé. Généralement ramené à des rôles plus passifs, il est ainsi privé d’action, voire d’interaction, qu’il laissera aux héros. Dans la science-fiction toutefois, on le laissera parfois recourir à un substitut artificiel lui permettant de compenser sa jeunesse perdue, dans une démonstration de transhumanisme déterminée et téméraire.

Les femmes dans l’imaginaire auront comme souvent droit à un traitement spécifique et, comme souvent, pas forcément reluisant. Ainsi la vieille dame est cantonnée au rôle de la sorcière caquetante ou à celui opposé de la retraitée aimable. Et si la jeune femme est généralement dépeinte comme naïve, celle d’âge mûre est située aux antipodes avec des penchants manipulateurs et une tendance au double-jeu.

A côté de cela, les intervenants déplorent un conflit générationnel qu’enveniment trop souvent les médias. N’oublions pas effectivement la guerre qui s’est engagée entre des baby boomers responsables de la plupart de nos problèmes environnementaux et économiques et une génération Y tapageuse et m’as-tu-vu, avec dans la zone tampon une génération X qui a hérité de la fermeture d’esprit des premiers et qui peine à suivre la seconde dans ses cas de conscience politique.

Blague à part, ce conflit de générations est exactement la raison pour laquelle les auteurs devraient sortir aussi souvent que possible leurs personnages jeunes et vieux, hommes et femmes des carcans décrits plus haut : briser les associations automatiques et souvent nocives qui peuvent être faites entre une attitude et un groupe d’individus.

Vision d’auteur
Les intervenants évoquaient ensuite la façon dont un auteur traitait l’âge de ses propres personnages. Ainsi, s’il est vrai que l’un de leurs avantages est de pouvoir librement agir sur le vieillissement des protagonistes, ils firent remarquer qu’ils avaient parfois du mal à les sortir d’un « âge idéal » du héros, qui les rend frais et dispo pour l’aventure. A l’inverse, un média comme le cinéma aurait des contraintes liées à l’âge des acteurs, qui peut parfois poser problème lors de la mise en scène de flashback -comme par exemple le retour sur les années étudiantes d’un « jeune » Matt Murdock. En contrepartie, cette évolution naturelle des acteurs offre une continuité visuelle à l’histoire et peut renforcer l’attachement du spectateur au personnage. Ceux qui ont vu grandir les acteurs de Harry Potter, ou qui ont grandi avec eux sauront sans doute de quoi je parle.

Les auteurs nous firent aussi part de la façon dont leur propre évolution influençait l’écriture et les poussait à plutôt mettre en scène des personnages dans la même tranche d’âge qu’eux-mêmes. On peut aussi remarquer cette influence sur la capacité de projection des auteurs. Ainsi, un jeune auteur ne traitera pas un personnage vieux de la même façon qu’un auteur plus âgé, et ce dernier ne décrira pas un personnage jeune de la même façon que son cadet. Enfin, l’âge des auteurs impacte aussi leur rapport avec leurs personnages, les plus mâtures pouvant ainsi porter un regard plus paternel/maternel sur leurs protagonistes.

Les immortels
Puisque le sujet de cet article est le vieillissement des personnages, il était assez logique de garder pour la fin ceux que l’âge n’affecte pas. Les immortels amènent avec eux bon nombre de variations et de questions. Ne vieillissent-ils vraiment pas ? Car ils grandissent tout de même d’enfants à adultes. Parfois ils bénéficient simplement d’une longévité qui s’étire virtuellement vers l’infini. Et si leur corps n’est pas toujours complètement protégé des affres du temps, leur esprit l’est presque invariablement. La grande utilité de l’immortalité c’est donc finalement l’accumulation des connaissances pour celui qui en bénéficie. Toutefois, dans le cas des humains, l’immortalité a bien souvent un prix, comme pour tempérer l’urgence de l’Homme à accomplir ce vieux fantasme.

Utopiales 2017 – 2ème Journée : Temps de légende

Cette conférence intitulée Les Enfants de Chronos avait pour sujet le traitement des légendes dans la littérature et l’origine des mythes. On y recevait comme intervenants Guy Gavriel Kay, auteur de la série de romans La Tapisserie de Fionavar, Ellen Kushner, autrice des romans Riverside, Jeanne-A Debats qui a écrit les romans du Cycle de Navarre et Valérie Mangin que j’avais déjà vu durant la conférence sur le temps en BD, puisqu’elle est la scénariste d’Abymes.

Temps légendaires, temps historiques
En guise d’introduction, la question fut posée de savoir ce qu’était le mythe, aussi les intervenants en construisirent ensemble la définition. Les mythes seraient ainsi des vérités auxquelles on ne croit plus. Plus précisément, ils sont une illusion volontaire, un mensonge qui donne du sens à une vérité que l’on ne sait expliquer. Ce sens, c’est le point commun entre le mythe et l’Histoire, la part de vrai que l’on retrouve dans les légendes. Ainsi, le mythe de Prométhée nous rapporte en substance l’histoire de l’être humain qui jadis a dompté une force de la nature et s’est élevé au dessus de l’ordre naturel.

Les temps légendaires, même une fois distingués de l’Histoire, y restent donc attachés par leur sens et c’est sans doute ce qui leur permet de subsister à travers les âges et les découvertes. Ils constituent ainsi un temps intouché que l’on peut invoquer chaque fois que sa signification a besoin d’être rappelée. Mais une mythologie, si elle survit au passage du temps, peut toutefois perdre son essor et ne plus s’enrichir si sa culture fondatrice passe par une période de mutation. On peut par exemple associer le déclin du mythe grec à la montée du christianisme d’une part, mais aussi à la rationalisation qui touchaient les concepts et aspects de la vie jusque là représentés par des dieux.

Fantasy historique et Histoire romancée
Maintenant que l’on sait distinguer les temps mythiques des temps historiques, on peut en flouter les frontières avec la fantasy historique. Ici plutôt que de donner réellement corps à des mythes et des légendes, on s’attarde sur la perception de ceux pour qui ces mythes étaient des vérités. Ainsi, des phénomènes qui pourraient facilement s’expliquer à notre époque redeviennent mystérieux, anormaux, voire dangereux. Ce type de récit permet de ramener le lecteur au niveau d’un personnage qu’il pourrait autrement qualifier de superstitieux et donc de lui retirer tout sentiment de supériorité.

Malheureusement, tout comme les arts graphiques peuvent servir de propagande, les mythes peuvent être utilisés afin de romancer l’Histoire d’un peuple, le glorifier et le rassembler autour d’un symbole commun ou de légitimer ses actions. L’histoire de la fondation de Rome donnait ainsi un sentiment de suprématie et de puissance à ses habitants. La France colonialiste, mais aussi l’Allemagne nazie s’étaient elles-mêmes revendiquées un héritage mythologique afin de soutenir leurs idéologies. La Finlande, lorsqu’elle voulut réclamer l’indépendance avait appuyé cette revendication par la lecture des Eddas scandinaves.

Les mythes sont ainsi désignés comme un passé glorifié, capable de ramener une civilisation à une époque où ses rêves étaient plus grands et d’ainsi susciter la nostalgie de cette grandeur pourtant fictive. Les mythes se révélant souples dans leur narration -puisque le cœur du mythe est son sens- ils sont relativement faciles à adapter selon le conteur et l’auditoire, ce qui les rend simples à détourner à des fins particulières.

L’échelle du mythe
Mais le mythe n’existe pas qu’à l’échelle d’une civilisation ou d’une cité. Puisqu’il s’agit d’un passé romancé, à la perception altérée, alors l’enfance de chaque individu est susceptible de donner un « mythe personnel ». Les exemples qui me viennent à l’esprit seraient les explorations d’un jeune Shigeru Miyamoto qui lui inspira plus tard l’univers de Zelda, ou la collection d’insectes de Satoshi Tajiri qui l’amena au concept de Pokemon.

Les mythes se basant souvent sur la description de certains archétypes de comportement humain, il est possible d’associer ces comportements de personnages mythiques à des personnages plus modestes et de transposer ainsi le mythe d’une cité à l’échelle d’une famille par exemple. On obtient ainsi une connaissance plus familière, une lecture sans doute plus intuitive des relations qui peuvent animer les différents personnages, puisque les liens entre ceux-ci sont les mêmes que ceux de personnages qui ont traversé les âges.

Petit guide à l’attention des auteurs de mythes
Pour terminer, les intervenants nous prévinrent aussi de deux erreurs à ne pas commettre lorsqu’il s’agit d’écrire un mythe. La première serait de ne pas y croire soi-même, du moins de ne pas croire en ce à quoi le mythe donne sens. J’imagine qu’une légende que l’on écrit sans conviction, sans s’être laissé touché par l’idée qu’elle amène est à l’image d’une blague sans chute. L’autre erreur serait de trop chercher à rationaliser la magie. En effet, comment pourrait-on laisser l’auditeur réfléchir à la signification profonde de la légende, s’il doit appréhender les mécaniques logiques de sa magie ? Cette dernière est donc mieux utilisée comme moyen de porter le sens, pas comme un élément devant obligatoirement faire sens lui-même.

D’ailleurs, puisque l’on parle de rationnel, il semble qu’il faille admettre que parfois, les comportements humains ne le sont pas. Ainsi, le méchant qui devient méchant à cause d’une enfance difficile est un personnage de moins en moins crédible. C’est d’ailleurs visible à notre époque, puisque les mécréants d’aujourd’hui n’étaient pas forcément les enfants les plus malheureux d’hier.

Utopiales 2017 – 1ère journée : Post-apo fascinant

Durant la première semaine de Novembre avaient lieu les Utopiales de la Cité des congrès de Nantes. Mais alors qu’est-ce donc que les Utopiales ? Il s’agit d’après le programme d’un Festival International de Science-Fiction. Chaque année il se déroule autour d’un thème particulier, cher aux auteurs du genre. L’an dernier c’était les Machines, cette année ça a été le Temps. Mais le spectre par lequel est abordé ce thème ne s’arrête pas à la littérature. Au cours des conférences qui ont lieu à chaque heure, on entend parler de cinéma, de bande dessinée, de jeux vidéo et même de jeu de rôle. Des courts et longs métrages abordant le thème présenté peuvent être visionnés, un espace de démonstration permet à des studios de jeux vidéo de présenter leurs projets et un pôle ludique est même ouvert pour les amateurs de jeux de société et jeux de rôle.

Si je vous en parle aujourd’hui, c’est parce que j’ai prévu de retranscrire au fil de plusieurs articles les conférences auxquelles j’ai pu assister. Considérant mon domaine d’étude, j’ai évidemment privilégié les conférences sur le jeu vidéo. Mais est-ce que je me suis arrêté à ça ? Non bien sûr que non, d’une part parce que je suis un gars curieux et d’autre part parce qu’un créateur se doit d’enrichir sa culture sur autant de points que possible.

La première conférence portait donc l’intitulé Le Post-apocalyptique : quelle fascination pour les auteurs ?

Les invités pour cette table ronde étaient Xavier Mauméjean auteur notamment de Car je suis Légion, Karim Berrouka qui a écrit entre autres Le Club des punks contre l’Apocalypse zombie, Olivier Cotte le scénariste de la BD Le lendemain du monde et Olivier Gechter qui apparemment aime détruire le monde dans ses nouvelles. Voici donc ce qu’il ressort de cette heure de discussion.

Petit historique du post-apo
Tout d’abord, le post-apo n’a rien de neuf. Avant même que le mot « Apocalypse » existe, Gilgamesh nous parlait d’un après catastrophe globale. Des siècles plus tard, après le passage de la grande peste, on peut presque parler de post-apocalypse pour les populations européennes qui ont conservé un grand traumatisme de l’épidémie et dont les cultures et représentations se sont ajustées en conséquence. On peut citer par exemple l’apparition de la Peste dans les rangs des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse et qui remplace la Conquête. Une réflexion fut aussi faite sur le vécu des populations de Hiroshima et Nagasaki, qui après les événements de la guerre erraient dans une forme d’apocalypse locale, entre lutte pour la survie et suspension des lois et des règles.

Mais c’est tout de même dans les années 70, avec la menace d’une guerre nucléaire proche, que le genre trouve son essor, Soleil vert semblant par exemple une œuvre fondatrice dans le domaine. A l’époque, le focus était placé sur ce qui avait mené à la destruction globale, ce qui a sans doute donné suite aux grandes vagues de films catastrophe des années suivantes. Maintenant cependant, on le porte plutôt sur la reconstruction qui fait suite à l’apocalypse. Et il est vrai que notre époque est riche en pratiques alternatives, comme si les générations actuelles étaient moins concernées par la disparition de leur mode de vie que par leur désir de se détacher des codes de société actuels.

Pour ce qui est des codes d’écriture, on fit la distinction entre deux apocalypses : l’apocalypse de l’aube et l’apocalypse du crépuscule. Le premier offre au lecteur une fin ouverte, alors que le second se termine plutôt sur une fermeture et un constat des événements présentés. En somme, l’un invite le lecteur à la réflexion, alors que l’autre fait le bilan des pensées de l’auteur sur le sujet.

Fut aussi évoquée l’existence d’apocalypse « douce », avec l’exemple d’une œuvre où la race humaine entière devient stérile et s’éteint donc lentement, mais sûrement.

La licence absolue, le chaos global
Le genre post-apocaplyptique se caractérise par sa représentation de la licence absolue : un temps de plein droit, de chaos généralisé et de liberté totale. Ce concept est notamment explicité dans le livre Car je suis Légion où Babylone entre dans un état de temps suspendu, c’est à dire que en dehors du temps, les lois et les règles n’ont plus cours. Ainsi, pendant une journée entière tous les interdits sont levés dans la cité et le chaos se répand. On y voit donc une forme d’apocalypse maîtrisée par les autorités religieuses qui décident du début et de la fin de ce temps suspendu. Cette idée de chaos maîtrisé fascine et intrigue, car elle est notamment liée à la peur d’une violence normalisée, acceptée dans la société. Le post-apo, c’est ainsi une façon d’exorciser les peurs de notre société en leur donnant corps et en les couchant par écrit.

Notons que le terme employé ici est bien chaos et pas anarchie. Sans doute car les auteurs de science-fiction, contrairement à d’autres catégories socioprofessionnelles, sont capables d’éviter cet abus de langage et de reconnaître la véritable définition de l’anarchie qui est un système de société où l’ordre est individuel et personnel, et non hiérarchique.

Dans le milieu post-apocalyptique, ce milieu de chaos global donc, deux voies s’ouvrent généralement aux personnages. Ils peuvent entretenir le chaos, ou chercher à bâtir voire rebâtir un semblant d’ordre. La bataille de l’Ordre et du Chaos est d’ailleurs un thème fort du post-apo, et les personnages présentent tantôt une défiance vis à vis d’un ordre établi, tantôt une volonté de remettre de l’ordre dans leur société ou tout simplement d’ordonner une société nouvelle. Xavier Mauméjean pour sa part, nous confiait qu’il avait pris plaisir dans son livre La Ligue des Héros à introduire le chaos post-apocalyptique dans l’esthétique bien ordonnée du steampunk, et à opposer les deux genres.

Tout détruire pour mieux reconstruire
Plusieurs des auteurs ont avoué un certain plaisir à raser les bases de la civilisation telle qu’on la connaît. L’idée de balayer les codes pour un nouveau départ est bien sûr l’une des grandes motivations du post-apo. En ce sens, les récits de ce genre peuvent être résumés par la question « Et si telle ou telle composante de notre mode de vie actuel disparaissait ? ». Les auteurs peuvent ainsi désigner un aspect de notre civilisation qui leur déplaît, et décrire ensuite un monde qui s’en passe.

Parfois, on repart de bases connues de la société précédente, comme le commerce. Et si cette remise à zéro des compteurs peut sembler propice à la conception d’une utopie, les auteurs ne semblaient pas si enthousiastes à cette idée. C’est vrai que dans un festival qui s’appelle « Les Utopiales » on ne s’attend pas forcément à ce que le concept de l’utopie soit écarté si vite, mais ne vous inquiétez pas, on s’y fait après la première année.

Pour exemple Apocalypse 2024, représentait une utopie factice et finalement plus effrayante que le chaos. Ce récit démontrait qu’une société idéale ne pouvait être atteinte et qu’il convenait de toujours remettre en question les rouages d’une communauté en apparence parfaite. A cause de cela, il fallait se tourner vers d’autres modèles, favoriser l’évolution naturelle à la stabilité qui n’existait de toute façon que pour les sociétés les plus simples. On prenait pour exemple ici les tribus aztèques et maya, bien plus épanouies lorsqu’elles tournaient autour de la chasse et la cueillette qu’à la période des grands cultes.

Le post-apocalyptique présente ainsi d’après les auteurs la fin du progrès, mais jamais la fin de l’évolution.

L’école de Palo Alto nous présente toutefois une vérité apparemment immuable. Le test du bon cœur est une expérience qui consistait à poser à un groupe le problème suivant : une catastrophe globale menace d’exterminer l’humanité, mais un bunker permettrait de préserver deux survivants. Le groupe doit choisir entre cinq candidats potentiels : un prêtre, un soldat, un médecin, une prostituée et un jeune garçon. Presque à tous les coups, c’était le petit garçon et la prostituée qui gagnaient leur place dans le bunker, démontrant ainsi que en cas d’extinction l’être humain semblait favoriser la préservation de la fertilité et de l’innocence.

L’aspect psychologique
Un autre intérêt du post-apocalyptique est de mettre le héros de l’histoire à l’épreuve, organiser sa survie dans un milieu semé d’embûches et sans repère. Cette approche est notamment abordée dans les écrits de J.G.Ballard où les héros trouvent la force de survivre en plongeant dans leur inconscient.

Il s’agit ensuite de mettre en scène le syndrome du survivant, de conter le deuil d’une société disparue. Dans le post-apo, le meilleur comme le pire des individus peut-être révélé, car tous les interdits sont levés. C’est un thème qui est dominant dans Le Jour des Fous d’Edmund Cooper. Pour vous donner une idée de ce que c’est que d’observer un auteur en pleine création, c’est un peu comme regarder un enfant au dessus d’une fourmilière.

C’est donc avec cette perspective d’expérimentation démiurgique que le post-apo offre un contexte favorable à l’établissement d’un ordre nouveau. Mais contrairement à la fantasy qui peut présenter différents modes de société sans les expliquer, l’univers post-apocalyptique fonde sa création sur des réflexions sur l’ancien ordre établi et sur sa disparition. Il permet de malmener les codes du monde actuel et de mettre à l’épreuve les rouages de son fonctionnement, tout comme ceux de la société nouvelle.